Annexe I
Brève description des principales espèces exploitées dans l'océan
Austral
Krill (Euphausia superba)
Répartition
Circumantarctique au sud du front polaire
antarctique, avec des centres d'abondance dans l'arc du Scotia et
certaines régions proches du continent dans le secteur de l'océan Indien.
Bien que normalement inféodé aux eaux de surface antarctiques (0-100 m de
profondeur) des régions océaniques, le krill se rencontre également près
du fond, à 350-400 m de profondeur, dans les régions de plateaux.
Taille et âge
Le krill peut atteindre au maximum 64 mm de
longueur et vivre six ou sept ans.
Biologie
C'est à deux ans pour les femelles et trois ans
pour les mâles que le krill atteint la maturité sexuelle. Le krill pond
jusqu'à 10 000 oeufs entre décembre et mars; l'époque précise variant
considérablement d'année en année. Le succès du recrutement semble être
étroitement lié à l'étendue de la banquise l'hiver précédant et suivant la
ponte. En été, le krill fait sa proie de plancton microscopique tel que
les flagellés et les diatomées alors qu'en hiver il se nourrit
principalement d'algues glaciaires fixées sous la glace. Les
concentrations de krill peuvent couvrir de nombreux kilomètres carrés et
contenir des centaines de milliers de tonnes de krill. Le krill est
l'aliment de base de nombreuses baleines mysticètes, de phoques, d'oiseaux
de mer, de poissons et de calmars. En raison d'une part, de sa position
dans le réseau trophique entre le phytoplancton microscopique et les
grands prédateurs vertébrés, et d'autre part, de son abondance, il est
considéré comme l'espèce clé de la zone de banquise saisonnière et d'une
partie des zones libres de glace et des zones antarctiques de haute
latitude.
Exploitation
L'exploitation du krill a débuté en 1972/73 pour atteindre sa période de
pointe en 1981/82 (figure
7). Au milieu des années 80, les captures annuelles se sont stabilisées
autour de 350 000 à 400 000 tonnes, mais ont nettement diminué au début
des années 90 lorsque plusieurs pays de l'ancienne Union soviétique ont
cessé de pêcher le krill. À l'heure actuelle, les captures de krill sont
de l'ordre de 90 000 à 100 000 tonnes.
État de la ressource
Il est peu probable que le niveau actuel de la pêche ait un effet
néfaste sur les stocks.
Bocasse marbrée (Notothenia
rossii)
Répartition
La bocasse marbrée est une espèce très répandue, que l'on rencontre à
l'extrémité nord de la péninsule antarctique, autour de l'arc du Scotia,
au large des îles du Prince Édouard, de Crozet, Kerguelen, Heard,
McDonald et Macquarie, ainsi que sur les bancs Ob et Lena.
Taille et âge
L'espèce, d'une longévité de 15 à 20 ans, peut atteindre 85 à 92 cm de
longueur et un poids de 8 à 10 kg.
Biologie
Il est possible de distinguer trois stades dans le cycle vital de cette
espèce : les alevins, pélagiques pour les 6 à 12 premiers mois de leur
vie, finissent par fréquenter le fond des eaux proches des côtes,
souvent dans les lits d'algues géantes. Ils restent dans des eaux peu
profondes pendant quatre à six ans. Lorsqu'ils atteignent la maturité
sexuelle, mesurant 43 à 48 cm de long et ayant cinq à sept ans d'âge,
ils migrent au large dans des eaux plus profondes où ils entrent dans le
stock reproducteur. La ponte a lieu entre avril et juin en Géorgie du
Sud et en juin-juillet vers les îles Kerguelen. Ils pondent de 19 000 à
130 000 oeufs d'un diamètre de 4,5 à 5,0 mm. Les larves éclosent en
septembre et octobre. Les habitudes alimentaires de la bocasse marbrée
dépendent du stade biologique : les alevins se nourrissent de petits
copépodes planctoniques, d'amphipodes hypériides et de larves de
poissons, les juvéniles d'amphipodes, d'isopodes, de poissons,
d'euphausiidés et d'algues, et les adultes principalement
d'euphausiidés, de ctenophores, de poissons et de méduses.
Exploitation
La bocasse marbrée était l'espèce cible des premières pêcheries de
l'Antarctique (fin des années 60 et début des années 70) autour de la
Géorgie du Sud et des îles Kerguelen (figures 2
et 5). Certaines saisons,
les captures dépassaient les 100 000 tonnes avec une capture maximale de
400 000 tonnes (figure 2),
réalisée autour de l'île Éléphant en 1970/71. Aux îles Orcades du Sud (figure 3)
et Shetland du Sud, cette espèce a été pêchée vers la fin des années 70,
avec des captures d'environ 20 000 tonnes en 1979/80 autour de l'île
Éléphant. En 1985, la CCAMLR a interdit la pêche dirigée sur la bocasse
marbrée.
État de la ressource
Malgré la protection qui leur est accordée depuis plus de 10 ans, il
semblerait que les stocks exploités ne représentent toujours qu'une
fraction de leur taille d'avant l'exploitation. Ce n'est qu'autour des
îles Kerguelen que la bocasse marbrée présente des signes de
récupération.
Poisson des glaces (Champsocephalus
gunnari)
Répartition
Le poisson des glaces se rencontre le long de l'arc du Scotia, des îlots
Shag et de la Géorgie du Sud au nord, à l'ouest de l'île Adélaide
(péninsule Antarctique) au sud, autour de l'île Bouvet et sur le plateau
de Kerguelen-Heard (Kerguelen, banc Skif, île Heard et quelques bancs
voisins). Le poisson des glaces est une espèce côtière d'eaux peu
profondes, qui a déjà été rencontrée à 700 m de profondeur, mais qui
fréquente en général les profondeurs de 100 à 350 m.
Taille et âge
Cette espèce atteint une longueur de 60 à 66 cm dans la région de l'arc
du Scotia et de 45 cm sur le plateau de Kerguelen-Heard. Il est estimé
qu'elle peut vivre de 12 à 15 ans en Géorgie du Sud et 5 à 6 ans à
Kerguelen.
Biologie
Le poisson des glaces est tributaire de la nourriture disponible, en
particulier des euphausiidés, dans les eaux pélagiques. Le krill
représente sa nourriture de base dans le secteur de l'océan Atlantique
avec, en Géorgie du Sud, les amphipodes et les mysides pélagiques. Dans
le secteur de l'océan Indien, les euphausiidés autres que le krill et
les amphipodes pélagiques constituent le plus gros de son alimentation.
Ces poissons atteignent la maturité sexuelle à environ 25 cm (3 ans
d'âge) en Géorgie du Sud et aux îles Kerguelen et à environ 35 cm (4-5
ans d'âge) dans le sud de la région de l'arc du Scotia. La ponte, à
quelques exceptions près, a lieu dans les eaux côtières de février à
juillet dans le secteur de l'océan Atlantique et d'avril à
août/septembre dans le secteur de l'océan Indien, mais à différentes
époques selon les stocks. La fécondité varie de 1 200 à 31 000 oeufs,
selon la taille des poissons et le stock dont il fait partie. Les oeufs
ont un diamètre de 3,5 à 4,1 mm dans le secteur de l'océan Atlantique et
de 2,6 à 3,2 mm dans le secteur de l'océan Indien. Les larves éclosent
en hiver et au printemps en Géorgie du Sud, et au printemps et en été
partout ailleurs.
Exploitation
Lorsque les stocks de bocasse marbrée ont été épuisés, le poisson des
glaces est devenu la principale espèce visée par la pêche pendant 15 à
20 ans (figures
2 à 5). Au large des îles
Orcades du Sud et Shetland du Sud, la pêche a pris fin au début des
années 80, lorsque deux cohortes abondantes formant la base de la pêche
ont été épuisées (figures 3
et 4). En Géorgie du Sud,
une fois passées les années 80, l'exploitation n'était plus viable bien
qu'une capture total admissible (TAC) faible ait été fixée pour rouvrir
une pêche restreinte (figure 2).
À l'heure actuelle, cette espèce est exploitée en Géorgie du Sud et à
l'île Heard; elle ne l'est à Kerguelen que lorsqu'une cohorte importante
peut être recrutée par la pêcherie (figure 5).
État de la ressource
À la suite de trois épisodes d'exploitation intense au milieu des années
70 et au début et au milieu des années 80, le stock de Géorgie du Sud a
récupéré. Toutefois, après une quatrième baisse après la saison 1989/90,
la taille du stock reste faible. Autour des Orcades du Sud et des îles
Shetland du Sud, les stocks ne sont plus qu'une fraction de ce qu'ils
étaient au début de la pêche en 1977/78. Autour des îles Kerguelen, le
stock ne soutient une pêcherie que lorsqu'une classe importante peut y
entrer. L'évidence démontre que ce stock est en déclin depuis dix ans.
Un TAC faible vient d'être fixé pour le stock - probablement jamais
encore exploité commercialement - des bancs proches de l'île Heard.
Bocasse grise (Lepidonotothen
squamifrons)
Répartition
La bocasse grise a un secteur de répartition circumantarctique autour
des îles subantarctiques et des bancs qui les séparent, tels que les
bancs Ob et Lena du secteur de l'océan Indien. Cette espèce se rencontre
jusqu'à une profondeur de 800 m.
Taille et âge
La taille maximale observée varie de 50 à 55 cm, et le poids, de 2 500 à 3
000g. Les poissons peuvent vivre entre 16 et 20 ans.
Biologie
Bien que rencontrée principalement sur le fond, la bocasse grise se
nourrit principalement de macrozooplancton tel que les euphausiidés, les
amphipodes pélagiques, les méduses et les salpes. Elle atteint la maturité
sexuelle entre 28 et 36 cm (entre 5 et 9 ans) en Géorgie du Sud et aux
îles Kerguelen. La ponte a lieu entre octobre (Kerguelen, Crozet) et
février (Géorgie du Sud). La fécondité varie entre 58 000 et 196 000
oeufs, selon la taille du poisson. Diamètre des oeufs : de 1,4 à 1,7 mm.
Les larves commencent à éclore fin novembre.
Exploitation
L'exploitation commerciale de cette espèce s'est produite principalement
au large des îles Kerguelen et sur les bancs Ob et Lena. En Géorgie du
Sud, la bocasse grise n'a fait l'objet que d'une exploitation
irrégulière, se soldant le plus souvent par des captures annuelles
inférieures à 1 000 tonnes. Aux îles Kerguelen, elle représentait la
troisième espèce par ordre d'importance (après la bocasse marbrée et le
poisson des glaces) pendant près de deux décennies de pêche (figure 5).
Les autorités françaises ont fermé la pêche au début des années 90
lorsque la surexploitation du stock est devenue évidente. La pêche sur
les bancs Ob et Lena, où la seule espèce visée était la bocasse grise, a
été fermée par la CCAMLR au début des années 90 pour les mêmes raisons.
État de la ressource
Selon de récentes campagnes d'évaluation, le stock du large des îles
Kerguelen est encore faible; en conséquence, la pêche de cette espèce
reste fermée. On ignore l'état des deux stocks des bancs Ob et Lena. Ces
dernières années, un TAC faible a été fixé dans le but d'inciter à
rouvrir la pêche et à mener une campagne d'évaluation scientifique de
l'état du stock. Ce TAC n'a pas été atteint et la pêche a de nouveau
fermé en 1997/98. L'état du stock autour de la Géorgie du Sud est
également inconnu. La pêche dirigée sur ce stock est interdite.
Légine australe (Dissostichus
eleginoides)
Répartition
La légine australe a une distribution géographique étendue, des eaux de
la pente du Chili et de l'Argentine au sud de 30 à 35°S, au sud de
l'Afrique du Sud et au sud de la Nouvelle-Zélande, aux îles et bancs des
eaux subantarctiques des secteurs des océans Atlantique et Indien et à
l'île Macquarie sur la limite Indo-Pacifique de l'océan Austral. Au sud,
elle a même été observée aux îles Orcades du Sud et aux îles Sandwich du
Sud. On la rencontre jusqu'à 2 500/3 000 m de profondeur.
Taille et âge
La taille maximale observée de la légine est de 238 cm et son poids
d'environ 130 kg. Les estimations fiables de l'âge d'individus dépassant
100 à 120 cm sont rares. Il sembleraient toutefois que les individus les
plus grands aient 40 à 50 ans, voire davantage.
Biologie
La légine australe se nourrit de nombreux autres poissons, octopodes,
calmars et crustacés. Elle atteint la maturité sexuelle à une longueur de
70 à 95 cm lorsqu'elle a entre 6 et 9 ans. La ponte a lieu sur la pente
continentale de juin à septembre. La fécondité de l'espèce varie entre 48
000 et plus de 500 000 oeufs, selon la longueur des poissons et
l'emplacement géographique. Les oeufs, d'un diamètre de 4,3 à 4,7 mm, sont
souvent rencontrés dans les 500 m supérieurs de la colonne d'eau, par des
fonds de 2 200 à 4 400 m. L'éclosion semble se produire en
octobre-novembre.
Exploitation
La légine australe est exploitée à la palangre et au chalut de fond,
tant dans la zone de la Convention qu'en dehors, où les premières
déclarations de captures datent de 1976/77. À partir de 1985/86,
l'espèce est devenue la cible de la pêche à la palangre menée autour de
la Géorgie du Sud et les captures annuelles déclarées s'élèvent entre 4
000 et 9 000 tonnes (figure 2).
Les premières années, la pêche était effectuée par des palangriers
soviétiques, alors qu'à présent elle l'est surtout par des navires
chiliens et argentins. Autour des îles Kerguelen, c'est depuis 1984/85
qu'est exploitée la légine australe, tout d'abord par la flottille de
l'ex-URSS (puis ukrainienne) puis par des chalutiers français. Ces
dernières années, les palangriers ukrainiens sont arrivés dans la
pêcherie. Les captures annuelles déclarées pour cette région sont de
l'ordre de 1 000 à 9 000 tonnes (figure 5).
Depuis 1996/97, la pêche à la palangre sur cette espèce s'est accrue
rapidement dans les secteurs indien et Pacifique de l'océan Austral,
dans les eaux de la pente d'îles, de bancs et de hauts-fonds qui
n'avaient encore jamais été exploités. Malgré les mesures de
conservation mises en place par la CCAMLR, il se déroule de nombreuses
opérations de pêche non réglementées et illégales. Pour la saison
1996/97, il est estimé que les captures non réglementées et illégales
sont au moins cinq fois plus importantes que celles de la pêche
réglementée.
Légine antarctique (Dissostichus
mawsoni)
Répartition
La légine antarctique est inféodée aux eaux entourant le continent
antarctique jusqu'à 60°S au nord. Certains spécimens ont même été
observés jusqu'à 57°S dans les secteurs des océans Indien et Atlantique.
Son intervalle bathymétrique s'étend jusqu'à environ 800 m.
Taille et âge
Les taille et poids maximaux observés sont respectivement de 180 cm et
d'environ 75 kg. Des individus de 140 à 165 cm de longueur ont été estimés
avoir entre 22 et 30 ans.
Biologie
La légine antarctique se nourrit de nombreux autres poissons, octopodes,
calmars et crustacés. Elle semble atteindre la maturité sexuelle à une
longueur semblable à celle de la légine australe et pondre sur la pente
continentale en août-septembre. La fécondité de l'espèce varie entre 470
000 et plus de 1,3 million d'oeufs selon la longueur des poissons.
Exploitation
Depuis 1996/97, la légine antarctique est devenue la cible de nombreuses
pêcheries nouvelles et exploratoires.
État de la ressource
La pêcherie est réglementée par des TAC de précaution imposés par la
CCAMLR pour les pêcheries nouvelles et exploratoires.
Bocasse de Patagonie (Patagonotothen
guntheri)
Répartition
Cette espèce est rencontrée au sud du plateau patagonien de l'Argentine,
au large des îles Malouines et des îlots Shag. Quelques spécimens isolés
ont été trouvés en Géorgie du Sud. Elle est le plus abondante dans les
eaux de moins de 250 m de profondeur, mais il est arrivé qu'on la
rencontre jusqu'à 350 m.
Taille et âge
L'espèce atteint 23 cm de longueur totale. L'âge maximal enregistré est de
6 ans.
Biologie
La bocasse de Patagonie semble être benthopélagique, quittant le fond pour
se nourrir dans la colonne d'eau. Aux îlots Shag, elle a pour proies le
krill et, et, à un degré bien moindre, l'amphipode hypériide Themisto
gaudichaudii. C'est lorsqu'elle mesure entre 12 et 16 cm de long qu'elle
atteint la maturité sexuelle. Les oeufs font 1,4 mm de diamètre. La
fécondité varie entre 6 000 et 23 000 oeufs. Dans la région des îlots
Shag, la ponte se produit en septembre et octobre.
Exploitation
Cette espèce a été exploitée dans la région des îlots Shag de 1978/79 à
1989/90. En raison de la petite taille de l'espèce, les captures étaient,
pour la plupart, réduites en farine de poisson. La CCAMLR a fermé la
pêcherie lorsqu'il est devenu clair que le stock était surexploité.
État de la ressource
L'état actuel du stock est inconnu. La CCAMLR interdit toute pêche dirigée
sur cette espèce.
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