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1. Introduction        [Retour à la table des matières]

1.1 Brève présentation de l'océan Austral

L'Antarctique est entouré par l'océan Austral : vaste masse d'eau, ininterrompue et dynamique, qui constitue environ 15% de la surface totale des océans. Il est limité au nord par un phénomène particulier, tant physique que biologique : la convergence antarctique, ou front polaire antarctique. C'est là que se rencontrent les eaux froides et relativement peu salées de l'Antarctique qui se dirigent vers le nord et les eaux subantarctiques plus tempérées des océans Atlantique, Indien et Pacifique qui s'écoulent vers le sud. Il est généralement entendu que les eaux entourant les îles situées sur le front polaire antarctique ou en sa proximité, telles que l'île Macquarie, les îles Kerguelen, Crozet et du Prince Édouard, font partie de l'océan Austral.

L'océan Austral est constitué d'un système de bassins profonds séparés par trois larges dorsales médio-océaniques : la dorsale Macquarie au sud de la Nouvelle-Zélande et de la Tasmanie, celle de Kerguelen-Gaussberg à environ 80°E et celle du Scotia, ou arc du Scotia, qui s'étend en arc de cercle dirigé vers l'est du sud du plateau patagonien aux îles Shetland du Sud et à la péninsule antarctique. Le plateau continental, étroit si ce n'est par endroits dans les mers de Weddell, Ross, Amundsen et Bellingshausen, ne compte que pour 3 à 5% de la surface totale de l'océan Austral.

L'océan Austral a pour principales caractéristiques océanographiques au nord, le courant circumpolaire antarctique qui se dirige vers l'est (courant de dérive des vents d'ouest) et, vers le continent antarctique, le courant de dérive des vents d'est qui, s'écoulant vers l'ouest, est entrecoupé d'une série de tourbillons évoluant dans le sens des aiguilles d'une montre, tel que le tourbillon de la mer de Weddell.

Trois principales zones écologiques se distinguent dans l'océan Austral : la zone libre de glace entre le front polaire antarctique et la limite nord de la banquise d'hiver, la zone intermédiaire de banquise saisonnière entre les limites nord de la banquise d'hiver-printemps et d'été-automne et, enfin, la zone antarctique de haute latitude, ou zone de glaces permanentes, adjacente au continent antarctique. De ces trois zones, la plus productive est la deuxième où le krill (Euphausia superba), l'organisme planctonique dominant, est l'aliment de base de bien des cétacés, phoques, oiseaux et poissons (figure 1). Traditionnellement, il était présumé que la chaîne alimentaire de l'Antarctique se caractérisait par sa simplicité, et ce n'est que cette dernière décennie que sa complexité a été reconnue : les processus des populations de krill, par exemple, se déroulent à l'échelle des bassins océaniques et sont fortement influencés par des facteurs abiotiques à grande échelle, comme la couverture glaciaire et les tourbillons.

1.2 Historique de l'exploitation de l'océan Austral      [Retour à la table des matières]

Les ressources de l'océan Austral sont exploitées depuis environ 200 ans. L'exploitation a commencé au 18e siècle, époque à laquelle les populations d'otaries furent pratiquement décimées. Au 19e siècle, la chasse s'est tournée vers l'éléphant de mer, la baleine franche australe (Eubalaena australis) et certains manchots subantarctiques. Le 20e siècle a connu la chasse à la baleine mysticète (rorqual) et au cachalot, une faible exploitation de l'éléphant de mer mâle, la chasse exploratoire du phoque de banquise et le début de la pêche au poisson et au krill. Ces derniers temps, la pêche exploratoire aux lithodes et aux calmars s'est également développée.

Otarie de Kerguelen et otarie subantarctique

La chasse au phoque débuta dans les îles subantarctiques vers 1790 lorsque les otaries de Kerguelen et les otaries subantarctiques (Arctocephalus gazella, A. tropicalis) furent chassées pour leur peau. En d'autres endroits de l'hémisphère Sud d'autres espèces d'otaries étaient également exploitées, telles que l'otarie de Nouvelle-Zélande (A. forsteri), et celle de Juan Fernandez (A. philippii). Sans discrimination, cette chasse visait les mâles, les femelles en lactation et les juvéniles. Elle atteignit un niveau record pendant la saison 1800/01, avec le prélèvement de 110 000 peaux de phoque dans la seule Géorgie du Sud. En 1822, l'exploitation dépassait 1,2 million d'otaries en Géorgie du Sud où la population était alors pratiquement décimée. La situation était semblable sur d'autres îles subantarctiques, notamment celles du Prince Édouard, de Crozet, Kerguelen et Macquarie. Aux îles Shetland du Sud, l'exploitation commença en 1819/20 et culmina un an plus tard, avec le prélèvement d'environ 250 000 peaux. Les stocks moins importants des Orcades du Sud et des îles Shetland du Sud furent également décimés vers cette époque.

En 1825, la plupart des populations d'otaries de Kerguelen et subantarctiques étaient au bord de l'extinction. Les années suivantes, la chasse à l'otarie reprit par intermittence, dès que les populations commençaient à se reconstituer, et se poursuivit ainsi jusqu'au début de ce siècle. Depuis lors, ces espèces n'ont plus été exploitées sur le plan commercial.

La population d'otaries de Kerguelen de Géorgie du Sud s'est rapidement reconstituée dès 1940. Il y a maintenant plus de 2 millions d'otaries, ce qui est probablement plus qu'avant l'exploitation. Des populations d'otaries nettement moins importantes, comptant de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d'animaux, vivent aux îles Shetland du Sud, aux îles Orcades du Sud et Sandwich du Sud, et aux îles Bouvet, Marion, Kerguelen, Heard, McDonald et Macquarie. Toutes les populations connaissent un accroissement plus ou moins rapide. Les populations d'otaries du secteur de l'océan Atlantique semblent avoir migré de Géorgie du Sud où se trouve à l'heure actuelle environ 95% de la population mondiale.

Éléphant de mer austral

Le déclin rapide des otaries à la fin du 18e siècle poussa les chasseurs vers l'éléphant de mer austral (Mirounga leonina), non pas pour sa peau, mais pour son huile. Son exploitation, notamment au 20e siècle, venait suppléer celle des baleines.

Les chasseurs de phoques visaient principalement les importantes colonies reproductrices de Géorgie du Sud, des îles Kerguelen, Heard, McDonald et Macquarie. C'est dans les 20 premières années du 20e siècle que la chasse non réglementée cessa pratiquement partout. Le nombre d'éléphants de mer capturés n'est pas connu, mais si l'on présume que les populations étaient constituées à l'origine de 600 000 à 750 000 individus, l'exploitation a probablement dû en toucher plus d'un million des deux sexes. Une exploitation contrôlée des mâles s'est poursuivie en Géorgie du Sud de 1909 à 1964 et aux îles Kerguelen de 1958 à 1961.

La taille du stock d'éléphants de mer de l'océan Atlantique ne semble pas avoir changé ces 40 dernières années, fluctuant autour de 400 000 individus, dont 350 000 seraient en Géorgie du Sud. En 1950, les populations reproductrices du secteur de l'océan Indien auraient récupéré de l'exploitation, mais par la suite, elles ont toutes subi un fléchissement à un taux annuel de 1,9 à 5,7%. Celles de l'île Marion accusent une baisse de plus de 80% depuis 1951. Le stock reproducteur des Kerguelen (aux îles du Prince Édouard, de Crozet, Kerguelen, et Heard) semble toutefois s'être stabilisée vers 1990 en comptant au total environ 189 000 individus, dont 143 000 sur la seule péninsule de Courbet (aux îles Kerguelen). Le stock de l'île Macquarie a fléchi de 57% depuis 1949 et compte maintenant 78 000 individus dont 99% vivent sur l'île même.

Diverses causes du déclin des populations d'éléphants de mer austral ont été suggérées, notamment la surpêche de leur ressource alimentaire. À ce stade, rien ne semble prouver que la pêche dans les eaux antarctiques ait contribué à ce déclin.

Autres espèces de phoques

Le phoque crabier (Lobodon carcinophagus), le phoque de Weddell (Leptonychotes weddellii), le léopard de mer (Hydrurga leptonyx) et le phoque de Ross (Ommatophoca rossii) étaient régulièrement capturés en petite quantité pour nourrir les chiens de traîneau. Ils l'étaient également de temps à autre, au cours d'opérations de chasse exploratoire sur la banquise, comme de 1892 à 94 (32 558 phoques capturés dans la région de la péninsule antarctique), en 1963/64 (861 phoques capturés dans la région des îles Orcades du Sud), ou encore en 1986/87 (4 802 phoques capturés dans le secteur ouest de l'océan Pacifique). Il est peu probable que les 39 000 phoques capturés par les chasseurs de 1892 à 1987 et les 9 200 tués pour servir de nourriture aux chiens de 1964 à 1985 aient eu des conséquences néfastes sur les espèces de phoques de banquise, d'autant plus que ces captures ont toutes été effectuées sur un vaste secteur géographique. À l'heure actuelle, la taille des stocks est estimée comme suit : phoques crabiers : 11–12 millions, phoques de Weddell : 900 000, léopards de mer : 350 000 et phoques de Ross : 130 000.

L'exploitation des phoques de banquise et des autres espèces de phoques de l'océan Austral au sud de 60°S est strictement réglementée par la Convention sur la protection des phoques de l'Antarctique signée en 1978. La chasse à l'otarie, à l'éléphant de mer et au phoque de Ross à des fins commerciales est interdite. Bien que des limites de capture soient fixées pour le phoque crabier (175 000), de Weddell (12 000) et le léopard de mer (5 000), ces espèces n'ont pas fait l'objet d'une exploitation ces dernières années.

Cétacés

Les sept espèces ou sous-espèces de baleines mysticètes (Mysticeti) qui évoluent au sud du front polaire antarctique ont fait l'objet d'une exploitation intense. La seule baleine à dents qui ait été capturée régulièrement est le cachalot (Physeter macrocephalus). L'orque (Orcinus orca) et le dauphin-à-bec austral (Hyperoodon planifrons) l'ont été épisodiquement et en petit nombre uniquement.

La chasse commerciale à la baleine commença en Antarctique en décembre 1904 à Grytviken, en Géorgie du Sud, et, en moins de 10 ans, s'étendit vers le sud aux îles de l'arc du Scotia et aux îles Kerguelen. La baleine à bosse (Megaptera novaeangliae) qui évolue plus près des côtes fut la première visée, suivie de la baleine bleue (Balaenoptera musculus).

Jusqu'au début des années 20, la chasse à la baleine était basée à terre. Le traitement était alors effectué en station ou le long de navires usines ancrés dans des baies ou des fjords protégés. Cette chasse s'est déplacée vers le large (pélagique) et dès 1925, elle s'est étendue au-delà des limites de juridiction nationale lorsque les navires usines se sont équipés de plans inclinés arrière. Dans les activités de chasse à la baleine, les plus communes sont devenues les opérations pélagiques des bateaux-mères/de pêche dont le nombre s'est rapidement accru.

Les captures culminèrent en 1930/31 et 1937/38, atteignant respectivement environ 40 000 et 45 000 baleines. La baleine bleue, qui était la principale espèce visée, fut remplacée par le rorqual commun (B. physalus). Dans les années 50, lorsqu'il est apparu que les captures accusaient une sérieuse baisse, la chasse s'est tournée en grande partie vers le rorqual de Rudolphi (B. borealis) et le cachalot. Le petit rorqual (B. acutorostrata) n'était pas chassé en grand nombre avant 1971, mais il est devenu la principale espèce visée jusqu'en 1986/87. Les premières mesures de conservation destinées à protéger les stocks de baleines furent introduites sous les auspices de la Société des Nations dans les années 30. Elles interdisaient l'exploitation de la baleine franche qui avait déjà été largement décimée au 19e siècle aux sites de reproduction au large de l'Amérique du Sud, de l'Afrique du Sud et de l'Australie. En 1946 fut signée la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine (ICRW), qui créa la Commission internationale baleinière (CIB) pour assumer la responsabilité de la réglementation de la chasse à la baleine. La baleine à bosse a été protégée dès 1963 et la baleine bleue dès 1964. La chasse s'est tournée vers le petit rorqual lorsque les captures permises des autres espèces ont été réduites dans les années 70. En 1979, la CIB a établi le "sanctuaire de l'océan Indien" qui comprend la totalité de l'océan Indien, y compris les eaux s'écoulant au nord du secteur indien de l'océan Austral jusqu'à 55°S.

En 1982, la CIB a adopté un moratoire sur la chasse commerciale à la baleine, qui est entré en vigueur après la saison 1986/87. Depuis, 300 à 440 petits rorquals sont capturés chaque année par les navires japonais qui détiennent un permis scientifique délivré par leur propre gouvernement. Il est envisagé de procéder à une révision du moratoire dès que la CIB aura terminé l'évaluation des stocks de cétacés de l'océan Austral et des effets du moratoire sur leur récupération. Cette évaluation est en cours de préparation.

En 1994, la CIB a déclaré l'océan Austral au sud de 40°S (à l'exception d'une région située au sud-est du Pacifique et sud-ouest de l'Atlantique, au sud de 60°S) sanctuaire de baleines (sanctuaire de l'océan Austral). Les opérations commerciales de chasse à la baleine, qu'elles soient basées au large ou à terre, y sont interdites. Cette interdiction sera revue en 2004. Le Japon, qui s'est opposé à la création de ce sanctuaire, n'est pas tenu de respecter la décision de la CIB.

La capture totale déclarée de cétacés en Antarctique de 1904 à l'établissement du moratoire atteint plus de 1,5 million d'animaux. La CIB procède actuellement à la révision des informations sur les captures. Une partie de ces captures, en particulier celles du cachalot, de la baleine bleue pygmée et du rorqual de Rudolphi, a été effectuée dans les années 60 et 70 au nord du front polaire antarctique. Il est toutefois possible qu'avant la chasse à la baleine en Antarctique, 1–1,5 million de cétacés aient traversé chaque année le front polaire antarctique en été-automne austral. À l'exception du petit rorqual, et probablement de l'orque et du dauphin-à-bec austral, toutes les espèces ont subi un déclin dramatique durant l'exploitation et ne représentent plus à ce jour qu'une fraction de leur taille initiale.

Oiseaux

À l'époque de la chasse au phoque, aux 18e et 19e siècles, le manchot royal (Aptenodytes patagonicus) et les Eudyptes spp. étaient capturés sur certaines îles subantarctiques, comme la Géorgie du Sud, Heard et Macquarie, pour leur huile, comme source de nourriture ou comme combustible. Par la suite, le nombre de manchots royaux s'est rapidement accru sur tous les sites de reproduction – de 8 à 12% par an sur la plupart des îles subantarctiques depuis les années 60. Les populations les plus importantes se trouvent aux îles Crozet (700 000 couples), en Géorgie du Sud (400 000 couples) et aux îles Macquarie (110 000 couples).

Les données sur les changements affectant les populations d'Eudyptes spp. ne sont qu'anecdotiques, mais semblent indiquer des accroissements, au moins en Géorgie du Sud. Le gorfou macaroni (Eudyptes chrysolophus) de Géorgie du Sud a diminué en nombre de presque 50% en cinq ans vers la fin des années 70, pour se stabiliser jusqu'en 1994, mais de nouveau décliner de 30% les deux années suivantes.

Les oeufs de plusieurs espèces de manchots, des espèces les plus spécifiquement antarctiques notamment, comme les manchots à jugulaire (Pygoscelis antarctica) et Adélie (P. adeliae), et d'albatros (le grand albatros Diomedea exulans; l'albatros à sourcils noirs Diomedea melanophrys) ont été largement exploités par les chasseurs de phoques et de baleines jusque dans les années 50. Les conséquences de ce prélèvement d'oeufs sur les populations d'oiseaux ne sont pas connues.

Poissons

Le développement de la pêche au poisson fut planifié en Géorgie du Sud dès le tout début de la chasse à la baleine basée à terre, à savoir en 1906. L'exploitation à grande échelle du poisson ne date toutefois que des années 1969/70 autour de la Géorgie du Sud et 1970/71 autour des îles Kerguelen. Après 1977/78 la pêche s'est étendue au sud, vers des secteurs tels que les îles Orcades du Sud. Les captures n'y ont été abondantes que pendant quelques années. Elles ont ensuite décliné rapidement jusqu'au début des années 80. C'est à cette époque que la pêche a commencé au large du continent Antarctique, sans toutefois jamais dépasser le stade de l'exploration. Jusqu'au milieu des années 80, la pêche était effectuée uniquement au chalut.

La pêcherie au chalut vise ou a visé différentes espèces : la bocasse marbrée (Notothenia rossii), le poisson des glaces (Champsocephalus gunnari), la bocasse grise (Lepidonotothen (= Notothenia) squamifrons), la bocasse de Patagonie (Patagonotothen (= Notothenia) guntheri), le poisson-lanterne subantarctique (déclaré sans distinction sous l'appellation d'Electrona carlsbergi) et la grande-gueule épineuse (Chaenodraco wilsoni). Les captures accessoires courantes concernent la bocasse bossue (Gobionotothen (= Notothenia) gibberifrons), diverses espèces de poissons des glaces et les raies (Raja georgiana, Bathyraja spp.). La plupart des espèces, dans les limites de nos connaissances, étaient principalement pêchées pour servir de nourriture pour l'homme, mais la bocasse de Patagonie et les poissons lanternes, qui sont de petite taille, ne servaient essentiellement qu'à la production de farine de poisson.

Le milieu des années 1980 a vu l'arrivée des palangres pour capturer la légine australe (Dissostichus eleginoides) autour de la Géorgie du Sud et des îles Kerguelen. Cette espèce est aujourd'hui également exploitée en dehors de la zone d'application de la Convention de la CCAMLR, le long des pentes chiliennes et patagoniennes (dont une partie s'étend dans les zones économiques exclusives du Chili et de l'Argentine et dans la zone de conservation des îles Malouines), et autour de l'île Macquarie; les captures annuelles sont actuellement deux ou trois fois plus importantes que celles déclarées pour le secteur atlantique de la zone de la Convention. On ne sait combien de stocks de légine australe fréquentent la zone de la Convention ou s'il s'agit d'un seul et même stock, c'est à dire d'un "stock chevauchant", qui est pêché tant dans la zone de la Convention (îlots Shag et Géorgie du Sud) qu'en dehors (dans les zones adjacentes telles que la pente patagonienne). La grande valeur marchande de cette espèce à l'heure actuelle a provoqué une expansion de la pêcherie, notamment dans les secteurs indien et pacifique de l'océan Austral, où sévit largement la pêche non réglementée. Depuis 1996/97, les pêcheries nouvelles et exploratoires visent une espèce très similaire, la légine antarctique (Dissostichus mawsoni).

Un nombre considérable d'albatros et de pétrels sont capturés accidentellement par les palangriers. Ces oiseaux sont tués lorsqu'ils tentent d'attraper les appâts sur les hameçons (section 3.3 i)).

Jusqu'en 1990, la pêche industrielle au poisson était presque entièrement réalisée par les flottilles des pays de l'Est; l'ex-Union Soviétique a réalisé plus de 85% des captures. Depuis 1990/91, d'autres nations prennent part à la pêcherie réglementée comme la France, le Chili, l'Argentine et l'Ukraine qui prennent le plus gros de la capture.

À la fin de la saison 1996/97, environ 3,05 millions de tonnes de poissons avaient été prélevées de l'océan Austral. Près de 2,08 millions de tonnes provenaient du secteur atlantique, dont 1,74 (83.4 %) des alentours de la Géorgie du Sud. Sur les 924 000 tonnes prises dans le secteur indien, 872 000 tonnes (94.4 %) provenaient des environs des îles Kerguelen.

La pêche au poisson a suivi le même chemin que la chasse à la baleine dans l'océan Austral, mais a évolué beaucoup plus rapidement. En effet, à la découverte de chaque nouveau stock a fait suite son exploitation puis son épuisement (figures 2 à 5).Une fois la plupart des stocks démersaux de poissons (vivant au fond) épuisés, ce qui date d'avant la création de la CCAMLR, la légine australe, espèce benthopélagique (qui vit près du fond) et les poissons lanternes subantarctiques, espèce mésopélagique (vivant dans les eaux intermédiaires océaniques) ont commencé à être exploités vers la fin des années 80 (figure 2; cf. également figure 5).  À la fin des années 80, la pêche de la plupart des espèces était soit interdite, comme c'était le cas de la bocasse marbrée, soit limitée par des captures totales admissibles (TAC). Les îles des Orcades du Sud et la région de la péninsule antarctique étaient fermées à la pêche (figures 3 et 4). Des considérations économiques ont entraîné la fermeture de la pêche aux poissons lanternes après la saison 1991/92.

Certains stocks, tels que ceux des espèces capturées accessoirement autour de la Géorgie du Sud, semblent s'être quelque peu reconstitués après la surexploitation, alors que d'autres, tels celui de la bocasse marbrée, ne montrent que peu de signes de récupération dans la plupart des secteurs. À l'heure actuelle, les seules pêcheries viables sont d'une part, celles de la légine australe et d'autre part, celles du poisson des glaces lorsque d'abondantes classes d'âge entrent dans la pêcherie.

Krill (Euphausia superba)

La pêche au krill à une échelle commerciale a débuté pendant la saison 1972/73. Elle s'est vite concentrée sur des zones précises du secteur atlantique de l'océan Austral, les principaux lieux de pêche étant les eaux de l'est de la Géorgie du Sud, autour des îles Orcades du Sud et au large de la côte nord des îles Shetland du Sud (figure 6). L'évolution de la pêche au krill est illustrée à la figure 7. Après avoir atteint une année record en 1981/82 avec plus de 500 000 tonnes, les captures ont considérablement fléchi en raison d'une part, de problèmes liés au traitement du krill et d'autre part, de la pêche au poisson qui prenait plus d'importance. De 1986/87 à 1990/91, les captures annuelles se sont stabilisées entre 350 000 et 400 000 tonnes, ce qui correspond à environ 13% des captures mondiales de crustacés. Après 1991/92, lorsque des facteurs économiques ont forcé la flottille russe à abandonner la pêche, les captures ont fortement décliné, n'atteignant plus qu'environ 80 000 tonnes par an. Depuis lors, le Chili a également abandonné la pêche au krill. La capture de krill est actuellement de l'ordre de 90 000 à 100 000 tonnes par an.

Les îles Orcades du Sud et la région de la péninsule antarctique sont généralement exploitées en été, alors que les lieux de pêche de la Géorgie du Sud le sont principalement en hiver, lorsque les secteurs situés plus au sud sont recouverts de glace.

À ce jour, la capture totale de krill est légèrement supérieure à 5,74 millions de tonnes dont pratiquement 84% est attribuable à l'ex-Union Soviétique et à deux des États qui l'ont remplacée (la Russie et l'Ukraine) et 14,5% au Japon. Plus de 90% de cette capture provient de la partie ouest du secteur atlantique de l'océan Austral (figure 6).

Les 10 premières années de la pêche au krill, les captures, notamment celles effectuées par les navires des pays de l'ex-Union-Soviétique, servaient en grande partie de nourriture pour les animaux. Au milieu des années 80, les difficultés de traitement liées à cette espèce ont été résolues. Aujourd'hui, le krill sert principalement de nourriture pour l'aquaculture, d'appât et de nourriture pour l'homme. Son utilisation dans le domaine de l'aquaculture et ses possibilités d'utilisation en biochimie suscitent un intérêt croissant pour ces pêcheries.

Crabes

La pêche exploratoire au casier des lithodes (Lithodidae) s'est développée tout dernièrement dans les eaux entourant la Géorgie du Sud et les îlots Shag. Deux espèces sont visées : Paralomis spinosissima et, dans une moindre mesure, P. formosa. La pêche, limitée aux crabes mâles matures, fait l'objet d'un TAC de 1 600 tonnes par an. Un navire de pêche américain a capturé dans cette pêcherie 299 tonnes de crabe en 1992/93, 139 tonnes en 1994/95 et 497 tonnes en 1995/96. La pêche a ensuite été abandonnée par manque de viabilité économique.

Calmar

Au nord de l'océan Austral opèrent d'importantes pêcheries de calmars, telles que celles des plateaux de Patagonie et de Nouvelle-Zélande. Le secteur de répartition de l'une des espèces visées dans ces pêcheries, Martialia hyadesi, s'étend jusqu'au secteur nord de la zone de la Convention de la CCAMLR. Il est estimé, d'après la quantité d'individus de cette espèce ingérés par les prédateurs, notamment les éléphants de mer, que son stock existant en mer du Scotia s'élève à 330 000 tonnes. La quantité de calmars dans l'océan Austral et l'importance de cette espèce en tant que prédateur de krill ont suscité de nombreuses spéculations. Dans les limites de nos connaissances, les dauphins-à-bec de cette région se nourrissent presque exclusivement de calmars. On estime à 600 000 le nombre de dauphins-à-bec présents dans l'océan Austral (principalement des dauphins-à-bec australs), ce qui conforte l'hypothèse de l'existence dans ce secteur d'un important stock existant de calmars. Une pêche exploratoire effectuée dans la sous-zone 48.3 avait déjà prélevé 81 tonnes de M. hyadesi en juillet 1997. La limite de capture du calmar imposée par la CCAMLR s'élève actuellement à 2 500 tonnes.