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Sommaire

La Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR) était à la pointe du développement du concept de gestion des pêcheries tenant compte de l'écosystème. Une telle méthode ne se concentre pas uniquement sur les espèces pêchées, elle cherche à éviter les situations dans lesquelles les pêcheries ont des conséquences préjudiciables sur les "espèces dépendantes et voisines". La CCAMLR doit mettre au point des méthodes de gestion qui évaluent le statut de l'écosystème et son bon équilibre. En appliquant cette stratégie, la CCAMLR a dû vaincre la difficulté inhérente à la description de toute la complexité des écosystèmes marins en présumant que ceux-ci sont dominés par les espèces les plus importantes du réseau trophique. Le présent document cherche à décrire la position du Comité scientifique de la CCAMLR, 17 ans après l'entrée en vigueur de la convention en 1982.

Les objectifs de la Convention, tels qu'ils figurent à l'article II, ont été, dans un premier temps, traduits en termes significatifs d'hypothèses de travail. Le concept de gestion de précaution a semblé le plus adapté pour guider la CCAMLR à oeuvrer en faveur de la réglementation des ressources exploitables, vu l'ampleur de l'incertitude liée aux données collectées dans des régions vastes et, pour la plupart, inconnues, et la complexité des systèmes marins les soutenant. Outre la difficulté principale qui réside dans la mise en place de stratégies d'exploitation de plusieurs espèces des ressources marines, la CCAMLR doit actuellement faire face à trois autres problèmes : la mortalité accidentelle des oiseaux de mer causée par la pêche - à la palangre notamment -, l'enchevêtrement d'animaux dans les débris marins et l'impact de la pêche sur les fonds marins.

La CCAMLR dispose de plusieurs méthodes de contrôle de l'exploitation dans l'océan Austral. Elle collecte les données qui lui permettent de suivre d'aussi près que possible l'état des stocks exploités et les nouvelles pêcheries. Elle élabore par ailleurs des modèles pour traiter l'incertitude dans la collecte de données. Pour compléter sa collecte, la CCAMLR tire ses données de cinq sources différentes : les statistiques de capture et d'effort de pêche en provenance des pêcheries, les informations biologiques et données sur les captures accessoires de poissons dans la pêche commerciale, les oiseaux de mer et mammifères marins capturés durant les opérations commerciales et prélevés par les observateurs scientifiques dans le cadre des systèmes d'observation nationaux et internationaux, les informations biologiques rassemblées lors de campagnes d'évaluation scientifiques et indépendantes des pêcheries, et enfin les informations biologiques sur le krill et les espèces dépendantes recueillies dans le cadre du Programme de contrôle de l'écosystème de la CCAMLR.

Plusieurs modèles ont été mis en place, d'autres sont en cours d'élaboration. Le "modèle de rendement du krill" a été conçu dans le but de fournir des limites pour les rendements annuels en faisant le produit de l'estimation de la biomasse de krill par un facteur donné pour tenir compte de nombreuses incertitudes dans les données. À présent, ce facteur est fixé à 0,116. Une autre méthode lui ressemblant beaucoup et intitulée "Modèle de rendement généralisé" a été appliquée aux pêcheries de poisson pour tenir compte du fait que la CCAMLR ne dispose pas des séries chronologiques de capture, d'effort de pêche, de longueurs et d'âges à la disposition de nombreux autres organismes de pêche. D'autres domaines de la mise en place de modèles concernent la relation fonctionnelle entre le krill et ses prédateurs. La mise en place de modèles ne fait que commencer. Dans une première étape, le modèle de "période et distance critiques" a été mis sur pied, mais il est probable que de nouveaux modèles plus complexes lui fassent suite prochainement.

Des critères de sélection ont été retenus pour une analyse scientifique objective. Des critères sont en cours d'élaboration, qui spécifieront la série de décisions prises pour fixer, supprimer, ou varier des mesures de gestion, en utilisant les résultats des évaluations du statut d'une ressource exploitée. Ces critères ont déjà été appliqués aux captures de krill et à la pêche à la légine australe.

Toutes les étapes ci-dessus font partie de "l'approche multispécifique". L'utilisation qu'en fait la CCAMLR en ce qui concerne ce problème est innovatrice, d'où le peu d'expérience acquise dans ce type d'évaluation dans les autres conventions de pêche. La première étape du développement d'une stratégie de pêche durable pour le krill consistait en un modèle monospécifique du rendement potentiel de krill tel que cela est décrit ci-dessus. La suivante consistait à mettre au point un modèle qui tiendrait compte des besoins des prédateurs dépendant du krill. Reste ensuite à retenir les estimations des paramètres qui semblent convenir au modèle. Enfin, les relations fonctionnelles restent à définir. Il n'existe malheureusement pas encore de jeux de données intégrées qui permettraient de tester le modèle tout entier. Pourtant, des sous-jeux de données sont déjà disponibles, ce qui permet de mettre à l'épreuve divers aspects du modèle.

Vu la complexité et la dynamique de l'océan Austral, la CCAMLR est encore loin d'atteindre son objectif ultime : la gestion des pêcheries tenant compte de l'écosystème. Toutefois, depuis son instauration encore récente, la CCAMLR a effectué des progrès importants en vue de la mise en place d'une méthode intégrée de gestion de la pêche, et s'est révélée, sous bien des aspects, l'organisme de pêche précurseur de la mise en place de telles méthodes.